L’histoire : Les Hauts de Hurlevent
M. Lockwood décide de rendre visite au propriétaire de la demeure qu’il vient de louer, M Heathcliff. Coincé par la tempête avec les habitants de Hurlevent, Lockwood est stupéfait de la dynamique de la famille. L’humeur plus que morose de l’endroit et l’antipathie claire de ses habitants le poussent par curiosité à s’interroger sur leur histoire.
Comment en sont-ils arrivés là et qui est Catherine Earnshaw qui semble encore hanter les lieux ?
« Alors que ni la misère, ni la dégradation, ni la mort, ni rien de ce que Dieu ou Satan pourrait nous infliger ne nous eût séparés, vous de votre plein gré, vous l’avez fait. Je ne vous ai pas brisé le coeur, c’est vous-même qui l’avez brisé; et en le brisant vous avez brisé le mien. »
Mon avis
Je ne savais pas trop comment j’allais me lancer dans cette critique. Du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours entendu parler de ce classique qu’est Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brönte comme une oeuvre romantique. Dans les séries que j’ai vu, dans les livres que j’ai lu, on a toujours mentionné ce livre comme une passion dévorante et ses protagonistes comme des amants tragiques.
D’ailleurs, c’est aussi un peu l’angle choisi pour le prochain film Hurlevent avec Margot Robbie et Jacob Elordi (2026). Même si Emerald Fennell dit s’être inspirée de ce qu’elle a ressenti en lisant ce classique plus jeune pour faire son film, je ne peux m’empêcher de penser qu’il est à l’image que Les Hauts de Hurlevent a toujours eu dans la pop culture : une romance légendaire.
Et pourtant, ce n’est pas du tout ce que j’ai vu et lu dans cette histoire. Si le point de départ est bien l’amour entre Catherine et Heathcliff (et encore j’y reviendrai), tout le roman est en fait sur la vengeance sombre et toxique mise en place par Heathcliff après son rejet.
Les Hauts de Hurlevent aborde des sujets comme la discrimination sociale, le racisme, l’héritage et la transmission. Et pour cela je l’ai trouvé vraiment intéressant. Mais je ne m’attendais tellement pas à ça que j’ai été troublée tout au long de ma lecture. Pour autant je l’ai trouvé vraiment bien écrit et abordable. Merci d’ailleurs à la nouvelle traduction de l’édition Totem qui est sortie en Janvier 2026 et que j’ai acheté (lien en bas de l’article).
Ce que j’ai aimé (ou pas) dans ce roman
Les + de Les Hauts de Hurlevent
Une fois qu’on est dedans, l’histoire est vraiment intéressante. On a envie de comprendre comment on en est arrivé là.
Les émotions humaines qui sont puissantes et approfondies.
L’histoire est quand même folle quand on y réfléchit bien.
Les – du livre
Tous les personnages sont détestables. Vraiment tous. Il n’y en n’a pas un pour rattraper l’autre et c’est un peu dur du coup de s’attacher.
Il faut du temps pour se sentir un peu investi par l’histoire. Donc accrochez-vous au début !
Ce n’est pas une romance. Ne vous attendez pas à ça (ce qui n’est pas un mauvais point en soit mais qui peut, comme moi, vous destabiliser)
Pourquoi Les Hauts de Hurlevent est associé au romantisme, à la passion (quoique destructrice) et à l’amour tragique ?
Attention pour bien m’expliquer je vais spoiler un peu, même si je doute que ça gâche vraiment votre lecture.
Quand j’en ai parlé autour de moi, on m’a souvent dit qu’il s’agissait d’une passion destructrice et d’un amour toxique. Mais j’avoue que je n’ai jamais vu l’amour chez Catherine et Heathcliff. À la seconde où il est devenu un domestique et qu’il a perdu son statut social, Catherine ne le voit plus du tout comme un égal. Elle a un véritable mépris social qui l’empêche d’imaginer une seule seconde qu’il puisse devenir son mari. Elle trouve d’ailleurs qu’être avec lui serait se dégrader elle-même. Elle n’a même plus de respect pour lui. Si elle dit que son âme est liée à la sienne en se confessant à Nelly, je pense qu’elle se berce simplement d’illusions naïves. Elle est habituée à lui. Il a toujours été à ses côtés et elle le considère comme un bien qui lui appartient. Elle se fiche complètement de son bonheur à lui tant qu’il contribue au sien, à elle.
Quant à Heathcliff, il se targue d’aimer Catherine plus que n’importe qui et de lui accorder tout ce qu’elle veut tant qu’elle est heureuse mais il ne le fait pas. Il n’accepte jamais son choix, il la maudit dès que possible et il va même jusqu’à frapper sa fille, alors qu’elle reste la seule trace et héritière de son amour (soit disant) perdu. Ça ne peut pas être de l’amour !
Les Hauts de Hurlevent ce n’est clairement pas un roman romantique mais simplement l’histoire d’un homme rejeté à cause de son statut qui toute sa vie va vouloir tout (re)prendre à la famille qui l’a mal considéré. L’histoire est tragique, certes, toxique, clairement mais il n’y a aucune passion, aucun amour dévastateur. Il s’agit d’une bataille d’ego et de possession de l’autre.
Ma note
3.5⭐/5
Ce roman me restera en tête pendant longtemps. Par sa puissance clairement mais malheureusement aussi parce que j’ai l’impression qu’on me l’a mal vendu toute ma vie. Catherine est détestable, Heathcliff aussi. Ils sont tous les deux plein d’ego blessé, ils sont égoïstes et ils ne font attention à personne. À cause d’eux ce sont deux familles qui vont se déchirer, et des générations qui vont souffrir en leurs noms.
Editions : Gallmeister
ISBN 9782404081328
12.90€- 528 pages



